SOBRE A GUERRA NO SÉCULO XXI
A guerra do século XXI anuncia-se totalmente diferente das suas formas conhecidas no século XX. Face a isto, alguns estados (EUA, França e pouco mais) estão já a procurar doutrina e dispositivos capazes de enfrentar as formas e teatros novos de conflito que percepcionam. Alguns pensadores e ensaístas têm também, nos últimos anos, procurado pensar e racionalizar a questão. John Robb, por exemplo, cujos trabalhos o CLARO tem seguido com atenção. Hoje, damos conta da reflexão de um autor, normalmente mais dado a tratar temas económicos, Nicolas Baverez, que na sua definição de "guerre eclatée" vai, curiosamente, muito ao encontro de certas noções de John Robb, mesmo se as suas conclusões não são coincidentes. O que não espanta nada face às diferenças de vida e de experiências entre o jurista/economista francês e o ex-comandante da Força Delta e actual consultor de empresas e governos...
Faire la guerre au XXIe Siècle
Nicolas Baverez, no Le Point
Le XXIe siècle est placé sous le signe de la mondialisation , qui inaugure l'ère de l'histoire universelle. La dernière décennie du XXe siècle, toute à l'euphorie de l'achèvement de la guerre froide et de l'effondrement du soviétisme, a cultivé les illusions sur la fin de la violence. Elles ont été tragiquement enterrées en 2001 dans les ruines du World Trade Center, confirmant le jugement de Platon selon lequel « seuls les morts voient la fin de la guerre ». La mondialisation n'a pas davantage éradiqué la guerre que les crises économiques ou les révolutions, au grand dam des démocraties, régimes fondamentalement pacifiques, et plus encore de l'Europe, hantée par les conflits mondiaux du XXe siècle qu'elle engendra et qui provoquèrent sa ruine matérielle et morale. Mais elle a provoqué une nouvelle mutation de ses formes.
Trois faits récents éclairent les transformations de la guerre. La mort, le 12 mars, de Lazare Ponticelli, le der des ders des poilus, a ravivé la mémoire de la Grande Guerre, qui vit une France de 39 millions d'habitants perdre 1,3 million des siens, le carnage atteignant jusqu'à 27 000 victimes pour la seule journée du 22 août 1914. Le 19 mars, l'intervention américaine en Irak est entrée dans sa sixième année, avec des pertes s'élevant à 4 000 morts et quelque 29 000 blessés pour une population de plus de 300 millions d'habitants. En dépit d'un corps expéditionnaire fort de 155 000 Américains et 5 000 Britanniques, d'un budget évalué entre 600 et 3 000 milliards de dollars pour les seuls Etats-Unis, l'Irak n'est ni pacifié, ni contrôlé, ni reconstruit. Le 3 avril, à l'occasion du sommet de l'Otan à Bucarest, Nicolas Sarkozy a confirmé l'envoi de 700 soldats français dans l'est de l'Afghanistan.
La guerre est donc revenue au premier plan de l'histoire et de la vie des démocraties, y compris en Europe, continent qui n'a plus été le théâtre de conflits armés depuis soixante ans, à l'exception de l'ex-Yougoslavie. Elle est une réalité durable de la mondialisation pour trois raisons. D'abord, la mondialisation repose sur un mouvement dialectique entre la diffusion universelle du capitalisme et des technologies, d'une part, l'exacerbation des conflits de valeurs, d'identités et de cultures, d'autre part. Ensuite, l'interdépendance des économies et des sociétés alimente la propagation des crises et des conflits. Enfin, des ambitions rivales se manifestent pour le contrôle des ressources rares (énergie, matières premières, eau) ou de nouveaux espaces stratégiques (stratosphère - voir les tirs de satellites effectués par la Chine et les Etats-Unis -, fonds marins, cyberespace - voir l'attaque russe qui a provoqué la paralysie de l'Estonie en 2007).
La guerre obéit à des principes et à des logiques de plus en plus hétérogènes. Le XVIe siècle fut celui des guerres de Religion ; le XVIIIe, celui des guerres limitées ; la Révolution française et l'Empire inventèrent la guerre d'anéantissement au confluent de la souveraineté des nations et des débuts de l'industrie ; le XXe siècle s'organisa autour de la guerre totale ; le XXIe siècle expérimente la guerre éclatée à l'état endémique, qui se distingue de plus en plus difficilement de la paix en même temps que les frontières s'estompent entre le civil et le militaire, le national et l'international. Ainsi coexistent des séquelles de la guerre froide (Corée, Cuba, guérillas marxistes), des crises liées au démembrement des empires (Caucase, Balkans), des guerres civiles à fort potentiel d'internationalisation (Maghreb, Afrique), des foyers de déstabilisation liés à des Etats effondrés (Afghanistan, Pakistan, Darfour), des conflits de légitimité et de territoires (Moyen-Orient), des rivalités de puissance (Asie), des opérations de police internationale conduites sous l'égide des Nations unies.
Asymétrique ou symétrique , d'intensité variable, la guerre au XXIe siècle est chaude et non pas froide, réelle et non pas contournée par la compétition, ou technologique ; elle obéit à une logique opérationnelle d'emploi dans les différents espaces et temps où elle se déploie. Logique qui s'applique aux armées françaises, avec plus de 11 000 soldats en opérations extérieures. Dans l'ordre géopolitique comme dans l'ordre économique avec la crise financière, l'ère de transition par laquelle débute le XXIe siècle évolue dans des zones largement inconnues, conjuguant forte instabilité et risques de rupture. C'est pourquoi il est fondamental pour les démocraties de chercher à maîtriser la spirale de la violence et à réguler la guerre en conjurant deux périls : l'exalter, à l'instar de l'idéologie néoconservatrice aux Etats-Unis-dont les dépenses militaires atteignent au moins 600 milliards de dollars, soit la moitié du total mondial ; occulter sa réalité et négliger les moyens de la puissance qui permettent de la contrôler. Une tentation à laquelle succombe l'Europe, dont l'effort de dépense plafonne à 1,2 % du PIB. La prévention de la guerre repose plus que jamais sur la conscience et l'engagement des citoyens des nations libres. Comme le rappelle René Girard, « il faut réveiller les consciences endormies. Vouloir rassurer, c'est toujours contribuer au pire »
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