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CLARO
Saturday, 30 September 2006

LIVRE CONCORRÊNCIA...  À LA RUSSA!

Nicolas Baverez publica no último Le Point uma informadíssima  e cristalina análise da recomposição da potência russa e da escassa ortodoxia dos seus métodos... Absolutamente imperdível e de leitura urgente:

  "   La politique de puissance du soviet-capitalisme russe

Nicolas Baverez

 

Trois événements récents ont jeté une lumière crue sur la nouvelle donne russe, éclairant la nature profonde du régime de Vladimir Poutine. Le 29 août, la banque d'Etat Vnechtorgbank a annoncé détenir 5,02 % du capital d'EADS - soit une participation équivalant à celle de l'Espagne (5,47 %) -, prélude à une déclaration du Kremlin dévoilant son intention d'obtenir au moins une minorité de blocage. Le 14 septembre était abattu Andreï Kozlov, gouverneur adjoint de la Banque de Russie chargé de la réforme du système bancaire, qui avait engagé une lutte sans concession contre la corruption. Le 18 septembre, Moscou retirait à Shell la licence d'exploitation du gisement gazier de Sakhaline 2 et menaçait de faire de même avec Exxon pour Sakhaline 1 et Total pour Khariaga.

Ces faits s'inscrivent dans le droit-fil du recul de l'Etat de droit et des réformes depuis l'arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine en 2000, symbolisé par le démantèlement de Ioukos et la déportation de Mikhaïl Khodorkovski. Sous couvert de rétablissement de l'ordre et de « démocratie dirigée », la démocratisation de la décennie Eltsine a été liquidée au profit d'un régime à la fois dictatorial et populiste. La stabilisation marque en réalité une réhabilitation : la Russie du XXIe siècle n'a renoncé au communisme que pour mieux communier dans le soviétisme.

Le parti unique et son idéologie d'Etat ont disparu ; mais le développement hypertrophié des ministères de force, le contrôle de l'économie et des médias, le refus de fait du pluralisme perdurent. A travers le monopole des services de sécurité sur les postes de pouvoir dans la politique, la haute administration et l'économie, le commissaire politique tend la main aux oligarques d'Etat au-dessus du gouffre creusé par l'effondrement de l'URSS.

Le pouvoir de Vladimir Poutine s'est construit autour du nationalisme russe, via la guerre de Tché-tchénie. Il a pris une nouvelle dimension avec le choc pétrolier (Gazprom contrôle 17 % des réserves mondiales de gaz) ainsi que l'explosion des prix des hydrocarbures et des métaux, qui ont augmenté de 157 % et de 180 % en valeur réelle depuis 2002. La Russie postcommuniste a installé l'Etat au coeur des entreprises.

La flambée de l'énergie et des matières premières a provoqué un miracle économique en Russie. La croissance annuelle atteint 6,5 % en 2006 ; l'investissement productif s'élève à 10,5 % du PIB ; l'excédent budgétaire culmine à 7,5 % du PIB et les réserves de change ont bondi à 250 milliards de dollars, autorisant le remboursement complet de la dette souveraine. Loin d'être mise au service de la population et de la modernisation des structures économiques et sociales, cette manne a été mobilisée en priorité pour cantonner les mécanismes de marché et financer la prise de contrôle par l'Etat des principaux actifs du pays, notamment dans le secteur clé de l'énergie et des matières premières : 17,4 milliards de dollars ont été affectés en 2005 à des prises de participations publiques dans des entreprises déclarées stratégiques et fermées aux investissements étrangers.

La refondation de la superpuissance russe poursuit quatre axes. Le premier cherche à reconstruire l'espace soviétique grâce au contrôle des sources de production d'Asie centrale, grâce au monopole sur les gazoducs, et par la prise de contrôle des entreprises de distribution en Europe.

Le deuxième vise à créer un cartel des producteurs, notamment dans le gaz, par le biais des accords signés notamment avec l'Algérie, afin de faire pression sur les consommateurs.

Le troisième consiste en des choix commerciaux purement politiques, qui d'un côté indexent le prix du gaz en fonction de l'alignement sur les intérêts russes, de l'autre recourent au chantage à l'approvisionnement.

Le quatrième, vecteur du retour de la Russie au premier rang de la diplomatie mondiale, lie prolifération des armements et chantage énergétique, notamment avec l'appui accordé à l'Iran et à ses relais - Hamas et Hezbollah.

Ce retour en force de l'impérialisme russe, stade suprême du soviétisme, reste cependant fragile. Il doit d'abord beaucoup aux circonstances, qu'il s'agisse du choc pétrolier ou de la désastreuse politique extérieure de l'administration Bush. Plus encore, il se heurte à des contradictions difficilement surmontables. Car cet impérialisme prend place sur fond de débâcle démographique.

L'Europe devrait prendre acte de cette réalité en opposant un front uni au soviet-capitalisme russe. Si la multiplication des partenariats industriels et commerciaux est légitime, la prise de contrôle d'actifs stratégiques doit être proscrite : leur but véritable n'est pas économique mais politique.

 © le point 28/09/06 - N°1776 - Page 73 - 722 mots  "








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